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Chronique exemplaire d'une " Maison de Santé " qui dès sa création sut clairement que sa mission était de répondre aux besoins sanitaires de la population environnante bien avant l'émergence des principes de santé publique.

Que ne sait-on déjà de l'histoire de l'hôpital Saint-Louis ? Le contexte de sa création n'est plus un secret pour personne : 68 000 morts à Paris pour la seule épidémie de peste de 1562. Un seul hospice, l'Hôtel-Dieu qui ne suffit plus. Et l'évidence de devoir isoler les malades contagieux.

Les terrains de culture entre le vieux chemin de Pantin (rue de la Grange aux Belles), le Faubourg du Temple et le chemin de Saint-Maur, situés hors Paris, sont un lieu de choix pour traiter les " empestez " comme on dit à l'époque des pestiférés.
Des trois plans présentés au roi Henri IV, c'est celui de Claude Vellefaux, " Maître maçon-juré ès oeuvres de maçonneries du Roy " qui emporte les suffrages de sa majesté : un quadrilatère de 120 m de côté (pour les salles de soins au premier étage, les celliers, les réserves et les magasins au rez de chaussée), entouré d'un chemin de ronde et flanqué en ses angles d'énormes pavillons construits en briques et pierres, (pour les offices) ; quatre groupes de bâtiments (les équerres) bordant les chemin de ronde, pour les différentes catégories de personnel et les services généraux ; des terrains de culture limités par un mur d'enceinte et des petits pavillons pour les jardiniers. Au fond : un pavillon royal, le Pavillon Gabrielle.
En trois ans , le gros oeuvre est achevé, la chapelle, à demie hors de l'hôpital, est construite.

Au premier étage du quadrilatère, les salles hautes comme des nefs, à poutres apparentes et dont les voûtes s'élèvent à huit mètres de hauteur, accueillent les premiers malades lors de l'épidémie de 1618. A raison de six malades par lit.
Ainsi débute l'histoire de l'hôpital Saint-Louis. Entre ouverture et fermeture de ses portes, elle se poursuit au gré de l'histoire des grandes épidémies, désengorgeant l'Hôtel-Dieu qui constituait alors une véritable mission : une caravane comprenant des chapelains, le personnel hospitalier et les Soeurs de Saint-Landry, les médecins, les apothicaires et les tous les services accessoires, cuisine, buanderie, literies, magasins. Tous enfermés dans l'hôpital Saint-Louis sans aucune communication avec l'extérieur, jusqu'à ce que cesse l'épidémie.
Evacué une première fois en 1636, l'hôpital est ré-ouvert pendant la Fronde en 1651. On se battait sous les murs de Paris, l'hôpital Saint-Louis reçut les blessés de la bataille du Faubourg Saint-Antoine.
Il fut à nouveau " réquisitionné " * en 1670, 1693, 1709, 1729, 1754 , jusqu'à l'incendie de l'Hôtel-Dieu en 1773 qui signa l'ouverture définitive de l'hôpital Saint-Louis.


1670 : épidémie baptisée " scorbut ". Ouverture - fermeture.
1693 - 1694 : épidémie de diphtérie, l'hôpital sert de dépôt de mendiants et de vagabonds.
1709 - 1710 : nouvelle épidémie de scorbut. 800 malades sont accueillis à Saint-Louis.
1729 : épidémie de scorbut. Ouverture - fermeture.
1731 - 1740 : l'hôpital est transformé en dépôt de blé, par ordre du roi.
1754 - 1767 : nouvelle épidémie.



Il est clair qu'avec une telle genèse, l'hôpital Saint-Louis présentait toutes les prédispositions de nature à en faire un " temple " de la dermatologie : peste, syphilis, psoriasis, teigne, lèpre, mycoses cutanées, etc... atterrirent à Saint-Louis et selon le principe de cause à effet, les plus grands dermatologistes de leur temps, s'y consacrèrent pour y trouver remède.
Après la première génération fondatrice : Alibert, Gibert, Devergie, Biett et Lugol, (fin XVIIIème, début XIXème) y succédèrent Cazenave, Bazin, Hardy, puis Vidal, Besnier et Fournier (milieu XIXème, début XXème). A partir de ce moment, la réputation de l'hôpital Saint-Louis devint Européenne, puis mondiale. Elle l'est restée et l'est encore aujourd'hui.

Toutefois, cette réputation, la dermatologie dut la partager à partir du milieu du XXème siècle avec une autre spécialité médicale : l'hématologie.
Déjà, dans les années 1930, Saint-Louis n'était plus seulement un hôpital spécialisé dans le traitement des maladies de la peau. Certes, on y dénombrait six services de maladies cutanées et syphilitiques, un service de dermatologie infantile, un pavillon réservé aux lépreux et une école des Enfants teigneux, mais également trois services de chirurgie, un service de chirurgie d'enfants, un service de médecine générale, une maternité, un service d'ORL, un service d'ophtalmologie, un service d'urologie, et un service de radiologie et photothérapie.

1936 : 27 884 hospitalisations
777 591 consultations externes
Budget : 25 millions de francs


En 1945, le Pr Jean Bernard obtint la première guérison complète de leucémie aiguë de l'enfant et vint ouvrir un service d'Hématologie à l'hôpital Saint-Louis. En 1956, son assistant, Georges Mathé, réalisait les premières greffes de moelle osseuse, traitement de référence de toutes les formes de leucémies et autres maladies hématologiques graves. Ces deux événements majeurs eurent pour conséquence de créer sur Saint-Louis une concentration de ce que la science et la médecine pouvaient compter de meilleur en matière d'hématologie : Michel Boiron, Jean Dausset (prix Nobel de Médecine en 1980 pour ses travaux sur l'Histocompatibilité), plus récemment Gérard Schaison, Laurent Degos, Eliane Gluckman.

A l'aube du 21 ème siècle, l'hôpital Saint-Louis, " hôpital spécialisé " est devenu un " hôpital de Spécialités " comptant aujourd'hui aux côtés de la dermatologie, sa spécialité historique, l'hématologie, la cancérologie, puis en complémentarité les unes avec les autres et dans le cadre d'un projet médical cohérent, d'autres disciplines telles que la chirurgie plastique, un pôle de transplantation d'organes et prochainement un centre de traitement des grands brûlés.

Au fil de ces 400 ans d'histoire, Saint-Louis n'aura donc pas dérogé à une règle qui s'est très vite imposée : être en tout état de cause à la pointe du progrès dans ses domaines de compétences, en veillant à rester en adéquation avec la demande de santé publique, assurant sa mission de service public en portant soin et assistance à la population parisienne et francilienne dans un souci d'humanité, d'égalité d'accès aux soins pour tous, et d'excellence de ses disciplines.

L'hôpital Saint-Louis en quelques dates importantes.

o19 Mai 1607 : signature par Henri IV de l'édit qui décide la fondation d'une Maison de Santé.
o Achat des terrains à la Paroisse Saint-Laurent, la Maison Saint-Lazare et l'Abbaye Saint-Martin des Champs en 1607.
o Juillet 1607 : pose de la première pierre de la Chapelle.
o 1610 : Premier office religieux dans la Chapelle : Messe mortuaire d'Henri IV, assassiné par Ravaillac.
o 1612 : fin de la construction de l'hôpital Saint-Louis.
o 1616 : Ouverture des salles aux malades.
o 1773 : Incendie de l'Hôtel-Dieu, ouverture définitive de l'hôpital Saint-Louis.
o 1791 : Création de l'Administration Générale des Hôpitaux et Hospices de Paris (ancêtre de l'AP-HP).
o Janvier 1801 : création du Conseil Général des Hospices.
o 27 novembre 1801 : Un arrêté du Conseil Général des Hospices affecte l'hôpital Saint-Louis au traitement des maladies de la peau.
o 1803 : Le Baron Alibert, premier " médecin titulaire " de l'hôpital Saint-Louis, ouvre la grande série des dermatologistes du XIXème siècle. Il fonde l'Ecole de Dermatologie Française. Première génération de dermatologistes : Gibert, Devergie, Biett, Lugol.
o 1818 : Installation de la première Usine à Gaz, éclairage au gaz.
o 10 janvier 1849 : Création de l'Administration Générale de l'Assistance Publique. o 1957 : Début de l'histoire de l'Hématologie à l'hôpital Saint-Louis : Chef de file : Le Pr Jean Bernard, puis son élève le Pr Jean Dausset.
o 1960 : Création du Centre Hayem. o 1967 : Abandon d'un plan général de restructuration et de modernisation de l'hôpital Saint-Louis.
o 1974 : une nouvelle proposition aboutit à la création du nouvel hôpital Saint-Louis.
o 1984 : Achèvement de la première tranche du nouveau Saint-Louis
o 1989 : Achèvement de la deuxième tranche du nouveau Saint-Louis.